La rotation se poursuit

Vos portefeuilles en bref

Fondée en 2017 par d’anciens dirigeants de Texas Instruments, Astera Labs (ALAB) conçoit des solutions de connectivité à base de semi-conducteurs pour l’infrastructure IA et les centres de données. Ses puces spécialisées permettent une communication plus efficace entre les GPU, les CPU, la mémoire et les composants réseau au sein des racks de serveurs. Astera Labs est donc exposée directement au goulot d’étranglement qui se déplace du calcul vers la connectivité dans l’écosystème IA : ses produits Scorpio (commutateurs fabric), Aries (retimers PCIe) et Taurus (câbles Ethernet intelligents) sont au cœur de cette transition.

Faits marquants cette semaine

1) Une baisse marquée… malgré des résultats supérieurs aux attentes

Le titre a chuté d’environ 21 % mercredi (11 février), passant de 182,86 $ US à environ 143,75 $ US en clôture. La vente n’a pas été déclenchée par de mauvais chiffres, les résultats ont battu le consensus sur toute la ligne, mais par une combinaison de facteurs :

• Le départ du directeur financier Mike Tate

• Des inquiétudes sur la trajectoire des marges (en lien avec un mandat d’achat d’actions émis à Amazon pour ~466 M$ US qui comprimera la marge brute d’environ 2 points par trimestre à partir du T2 2026)

• Des attentes très élevées chez certains analystes qui espéraient des revenus supérieurs à 280 M$ US

Quand une action a progressé de plus de 390 % depuis son creux de septembre 2024, la barre est extrêmement haute et la moindre déception perçue suffit à provoquer une réévaluation rapide.

Autrement dit, le marché avait déjà intégré un scénario quasi parfait : hypercroissance continue, marges en expansion, et leadership incontesté dans la connectivité IA. Quand les attentes deviennent aussi élevées, même un excellent trimestre peut déclencher une prise de profits si le message de la direction contient la moindre nuance.

2) Dernier trimestre publié (T4 2025) : des résultats records

Astera Labs a livré un trimestre record :

• Chiffre d’affaires : 270,6 M$ US, en hausse de 92 % sur un an et de 17 % séquentiel

• BPA ajusté : 0,58 $ (au-dessus des attentes de 0,51 $, soit une surprise de +14 %) • Résultat net GAAP : 45 M$ US, en hausse de 82 % sur un an

• Marge brute non-GAAP : 75,7 % (en léger recul de 70 points de base séquentiellement, en raison d’un mix plus orienté matériel)

• Année complète 2025 : revenus records de 852,5 M$ US, en hausse de 115 % sur un an ; BPA GAAP dilué de 1,22 $

• Trésorerie et placements : 1,19 G$ US en fin de trimestre

Produits clés :

• Scorpio (commutateurs fabric) : a dépassé 15 % des ventes en 2025, porté par la série P ; la série X entre en production et devrait devenir la plus grande gamme de produits

• Taurus (câbles Ethernet) + Scorpio combinés : 30 % des revenus du trimestre

Comme l’a souligné le PDG Jitendra Mohan : « Le goulot d’étranglement se déplace de plus en plus du calcul vers la connectivité, et la connectivité, c’est notre terrain de jeu. »

3) Perspectives (T1 2026) : solide, mais les marges inquiètent

Astera Labs a indiqué une fourchette de revenus de 286 à 297 M$ US pour le T1 2026, bien au-dessus des attentes du marché (~259 M$ US) :

• BPA ajusté attendu : entre 0,53 et 0,54 $

• Marge brute non-GAAP : devrait reculer à environ 74 %, en partie en raison du mandat Amazon

• Charge d’exploitation non-GAAP : entre 112 et 118 M$ US (en hausse, reflétant l’accélération des investissements en R&D, incluant le nouveau centre en Israël)

C’est ce point, les marges, qui a surtout pesé sur le titre, certains analystes craignant que la relation croissante avec Amazon comprime la rentabilité à mesure que les volumes augmentent.

Pourquoi est-ce un titre à surveiller

1) La baisse s’explique surtout par la valorisation et le positionnement, et non par les chiffres

Quand un titre se négocie à ~150 x les bénéfices historiques et qu’il a bondi de +390 % en 16 mois, le marché ne récompense plus seulement le « bon » : il faut que ce soit « parfait ». La baisse de 21 % ressemble donc à une normalisation après une forte anticipation, plutôt qu’à un signal que l’entreprise est en difficulté :

• Citigroup abaisse sa cible à 250 $ (maintient « Achat »)

• JPMorgan réitère « Surpondérer » avec une cible de 205 $

• 18 analystes sur 18 maintiennent une recommandation d’achat

2) Le moteur connectivité IA est en pleine accélération

À 270,6 M$ US au trimestre, en forte croissance, le segment connectivité IA montre que la dynamique est tangible :

• Le marché adressable d’Astera Labs devrait croître de 10x pour atteindre 25 G$ US au cours des cinq prochaines années

• Partenariats stratégiques avec Nvidia, AMD, Intel, Amazon, Google et Microsoft

• Le positionnement central dans l’écosystème IA se renforce à mesure que la bande passante devient le facteur limitant

3) Thèse « le goulot d’étranglement se déplace » : toujours intacte

Le narratif qui a porté la hausse d’Astera Labs demeure pertinent et se renforce :

• La connectivité comme prochain goulot d’étranglement critique de l’infrastructure IA

• Le trimestre confirme que la base opérationnelle progresse rapidement

• La question du marché porte surtout sur les marges à moyen terme et la dilution liée au mandat Amazon, pas sur la croissance

4) Discipline de portefeuille : avoir allégé avant, puis racheté au creux

Nous avions réduit notre position avant la publication des résultats en raison de la volatilité élevée et de la forte appréciation du titre. Cette discipline nous a permis de protéger les gains accumulés. À la suite de la baisse de 21 % de mercredi, nous avons racheté des actions à un prix nettement plus avantageux. Renforcer dans ce contexte vise à améliorer le profil risque/rendement :

• Les résultats confirment l’exécution

• La correction réduit la prime de valorisation

• La thèse structurelle (connectivité IA + centres de données) reste en place

Conclusion

Nous avons d’abord allégé notre position en amont des résultats, une décision dictée par la prudence face à un titre dont la valorisation intégrait déjà un scénario très optimiste après une progression de plus de 390 % en 16 mois. Cette discipline a porté ses fruits : la chute de 21 % de mercredi a confirmé que le moindre grain de sable — départ du directeur financier, marges en légère compression, revenu en deçà des attentes les plus agressives — suffisait à provoquer une correction brutale.

Nous avons ensuite pris la décision de racheter au creux. À notre avis, cette correction a créé un point d’entrée plus intéressant et a amélioré le profil risque/rendement d’une entreprise de grande qualité, bien placée sur une tendance de fond (la connectivité comme prochain goulot d’étranglement de l’IA). Les résultats du T4, revenus records de 270,6 M$ US (+92 %), BPA de 0,58 $ battant les attentes de 14 %, et des perspectives T1 2026 supérieures au consensus, démontrent que la trajectoire opérationnelle est intacte. Le consensus des analystes (18 « Achat » sur 18, cible moyenne ~203 $ US) soutient cette lecture.

Nous sommes à l’aise avec cette séquence allègement/rachat : la trajectoire opérationnelle demeure cohérente, le marché adressable s’élargit (25 G$ US d’ici cinq ans), et nous allons continuer de suivre de près les jalons clés — la montée en cadence du Scorpio X-Series, l’évolution des marges liée au mandat Amazon, et la transition vers les solutions optiques prévue autour de 2028, tout en gardant une gestion du risque disciplinée.

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Les marchés en bref

Lundi

• Dow Jones : 50 135,87 (+0,04 %)

• S&P 500 : 6 964,82 (+0,47 %)

• Nasdaq : 23 238,67 (+0,90 %)

• S&P/TSX (Toronto) : 33 023,32 (+1,70 %)

Dollar canadien

0,7366 $ US (en hausse vs 0,7312 $ US vendredi)

Lundi, les marchés ont poursuivi le rebond amorcé vendredi, alors que le Dow Jones avait franchi pour la première fois de son histoire le cap des 50 000 points. Cette séance a confirmé le mouvement : le Dow a inscrit un nouveau sommet historique en séance à 50 219, les trois grands indices ont terminé dans le vert, et le ton était nettement plus constructif qu’en milieu de semaine dernière.

Le rebond a été mené par la technologie, après plusieurs séances de forte pression. Nvidia et Broadcom ont poursuivi leur reprise (respectivement +2,5 % et +3,3 %), tandis qu’Oracle a bondi de près de 10 % après une reclassification à l’achat par D.A. Davidson, qui voit l’entreprise comme bénéficiaire clé d’un OpenAI revitalisé. À Toronto, la séance a été encore plus forte : le TSX a gagné 1,70 %, porté par les métaux de base et la technologie, ce qui montre que l’appétit pour le risque est revenu des deux côtés de la frontière.

Le contexte est intéressant : après la correction brutale de la semaine dernière, les investisseurs commencent à regarder les valorisations technos différemment. Comme le souligne un stratège de CFRA, le secteur techno est passé d’une prime de 17 % à un escompte de 8 % par rapport à sa valorisation moyenne des cinq dernières années. Pour plusieurs, c’est un signal qu’il est trop tôt pour abandonner la technologie, même si la barre reste haute.

Un autre thème marquant de la journée : l’élargissement de la participation au marché. JPMorgan note que la reprise macro américaine crée de l’espace pour que le S&P 500 équipondéré surperforme les Mag 7. Et BTIG considère que le leadership des petites capitalisations est une tendance durable pour 2026 — le Russell 2000 affiche déjà +8 % depuis le début de l’année contre environ +2 % pour le S&P 500. Autrement dit, la marche du marché s’élargit, ce qui est généralement un signal sain.

Du côté macro, l’enquête de la Fed de New York a montré un recul des attentes d’inflation à un an à 3,1 %, au plus bas depuis l’été dernier, et une amélioration du sentiment sur le marché de l’emploi. De quoi rassurer modérément, mais l’attention reste tournée vers les données clés de la semaine : le rapport sur l’emploi de janvier (reporté à mercredi en raison de la paralysie budgétaire) et l’IPC de vendredi.

Sur le marché obligataire, les rendements sont restés relativement stables, le 10 ans américain se maintenant autour de 4,22 %. Le bitcoin, quant à lui, reste en recul de plus de 40 % par rapport à son sommet historique, mais Bernstein estime que le scénario baissier est le plus faible de son histoire, citant le soutien gouvernemental, les ETF au comptant et l’adoption institutionnelle croissante.

Les titres en bref

• Oracle (ORCL) : +9,6 % — reclassification à l’achat par D.A. Davidson, qui voit Oracle comme bénéficiaire direct d’un OpenAI recentré sur ChatGPT et son modèle fondateur.

• Nvidia (NVDA) : +2,5 % — poursuite du rebond après une semaine difficile ; Goldman Sachs anticipe un trimestre supérieur aux attentes avec les résultats du 25 février.

• Broadcom (AVGO) : +3,3 % — récupération dans la foulée de Nvidia ; l’infrastructure IA reste le thème porteur.

• Hims & Hers (HIMS) : -16 % — plongeon après l’annonce d’une poursuite de Novo Nordisk pour violation de brevet liée à la vente de copies non approuvées de Wegovy et Ozempic. Hims avait déjà retiré sa pilule amaigrissante du marché au cours de la fin de semaine, sous la pression de la FDA et de menaces juridiques.

• Novo Nordisk (NVO) : +5 % — en hausse dans la foulée de la poursuite juridique ; le marché voit la démarche comme un renforcement de la protection de sa franchise obésité.

• Monday.com (MNDY) : -21 % — chute importante malgré des résultats au-dessus des attentes ; les prévisions 2026 ont déçu et les craintes de disruption IA pesant sur les modèles SaaS traditionnels se sont intensifiées. Troisième trimestre consécutif où le titre chute après la publication de ses résultats.

• Kyndryl (KD) : -55 % — effondrement record après le départ immédiat du directeur financier et du directeur juridique, un report de dépôt du rapport trimestriel, et la révélation d’une révision des pratiques comptables par le comité d’audit accompagnée d’une enquête de la SEC. Plus de 3 milliards $ US de capitalisation effacés en une seule séance.

• Cleveland-Cliffs (CLF) : -17 % — lourdement sanctionné après des revenus nettement inférieurs aux attentes, malgré une perte par action moins importante que prévu.

• Kroger (KR) : +7,6 % — en hausse après un rapport indiquant la nomination prochaine d’un ancien dirigeant de Walmart comme nouveau patron.

Performance sectorielle

La séance a été marquée par deux dynamiques opposées dans la techno. D’un côté, les grands noms du matériel et de l’infrastructure IA (Nvidia, Broadcom, Oracle) ont bien récupéré. De l’autre, le logiciel a continué de souffrir, avec Monday.com en baisse de 21 % et l’ensemble du segment SaaS toujours sous pression des craintes de disruption IA. La lecture est claire : le marché fait de plus en plus la différence entre ceux qui construisent l’infrastructure IA et ceux dont le modèle d’affaires pourrait en être menacé.

Par ailleurs, l’élargissement de la participation reste un thème dominant : les petites capitalisations surperforment, le S&P 500 équipondéré frôle les records, et les secteurs traditionnels (industrie, consommation, santé) attirent des flux. Au Canada, le TSX a nettement surperformé, aidé par les métaux de base et un retour de confiance après la semaine difficile.

Cas spécial — Kyndryl (KD) : l’effondrement de 55 % de Kyndryl mérite d’être souligné séparément. L’ancienne filiale d’IBM a révélé que son comité d’audit examine ses pratiques de gestion de trésorerie et l’efficacité de ses contrôles internes, le tout accompagné de demandes de documents de la SEC. Les départs immédiats du directeur financier et du directeur juridique ajoutent à l’inquiétude. C’est un rappel que même dans un marché en reprise, le risque lié à la gouvernance et à la transparence comptable peut frapper brutalement et sans préavis.

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Mardi

• Dow Jones : 50 188,14 (+0,10 %)

• S&P 500 : 6 941,81 (-0,33 %)

• Nasdaq : 23 102,47 (-0,59 %)

• S&P/TSX (Toronto) : 33 256,83 (+0,71 %)

Dollar canadien : 0,7404 $ US (en hausse vs 0,736 6 $ US lundi)

Mardi, le marché américain a affiché un visage contrasté. Le Dow Jones a inscrit un troisième record intrajournalier consécutif — touchant 50 398 en séance — et un nouveau sommet en clôture, mais le S&P 500 et le Nasdaq ont reculé, plombés par deux forces distinctes : des ventes au détail décevantes et une nouvelle vague de craintes liées à la disruption IA, cette fois dirigée contre le secteur financier.

Les ventes au détail de décembre sont restées stables sur un mois (735 milliards $ US), bien en dessous de la hausse de 0,4 % attendue, après une progression de 0,6 % en novembre. Quand les prix continuent de monter, une stagnation en valeur suggère un repli des volumes réels. La donnée a alimenté un rallye obligataire : le rendement du 10 ans américain a glissé à 4,14 % (contre 4,20 % la veille), au plus bas en un mois, et le marché a légèrement augmenté les probabilités d’une troisième baisse de taux en 2026 — deux étant déjà pleinement intégrées.

Mais le fait marquant de la séance, c’est la propagation des craintes de disruption IA au-delà du logiciel. La plateforme fintech Altruist a lancé un outil de planification fiscale propulsé par l’IA (Hazel), capable de générer des stratégies fiscales personnalisées en quelques minutes à partir de déclarations de revenus, de talons de paie et de relevés financiers. Le marché a réagi brutalement : LPL Financial a chuté de 8,3 %, Charles Schwab de 7,4 %, Raymond James de 8,7 % — leurs pires journées en plusieurs mois. Morgan Stanley a aussi reculé de plus de 2 %. Comme le résume Anthony Saglimbene d’Ameriprise Financial : « Il semble y avoir une rotation vers d’autres secteurs qui pourraient être plus isolés de cette dynamique IA. » Le réflexe du marché est devenu presque pavlovien : dès qu’un outil IA menace un nouveau segment, les titres les plus exposés sont vendus en bloc.

Du côté de la Fed, deux responsables ont envoyé un message prudent. La présidente de la Fed de Dallas, Lorie Logan, a déclaré que les taux pourraient ne pas avoir besoin de baisser davantage, jugeant la politique monétaire actuelle « très proche de la neutralité ». Sa collègue de Cleveland, Beth Hammack, a abondé dans le même sens, indiquant qu’elle préfère « pécher par patience » et que les taux pourraient rester à leur niveau actuel « pour un bon moment ». Les deux sont membres votants cette année.

Du côté des résultats, la séance a été riche en contrastes. Spotify a livré un trimestre exceptionnel : BPA de 4,43 euros contre 2,74 euros attendus, revenus de 4,53 milliards d’euros, 751 millions d’utilisateurs actifs mensuels (+11 %), et une marge brute record de 33,1 %. Le titre a bondi d’environ 15 %, sa meilleure journée depuis 2019. En revanche, Coca-Cola a déçu avec des revenus de 11,82 milliards $ US contre 12 milliards attendus — sa première déception sur les revenus en cinq ans exactement, plombée par des ventes de concentrés en Amérique du Nord en hausse de seulement 1 %. Marriott a aussi manqué les attentes sur les bénéfices, avec une baisse de 1 % de l’occupation en Amérique du Nord, plombée par la paralysie budgétaire. Et CVS Health a reculé de 3 % après des prévisions de flux de trésorerie réduites de 10 à 9 milliards $ US.

Au Canada, la Bourse de Toronto a poursuivi sa marche en avant avec un gain de 0,71 %, soutenue par un dollar canadien plus ferme. Le TSX continue de bénéficier d’un mix sectoriel plus diversifié, moins exposé aux turbulences du logiciel et de la techno américaine.

Les titres en bref

• Spotify (SPOT) : +15% — trimestre record, BPA qui pulvérise les attentes, 751 millions d’utilisateurs. Meilleure journée depuis 2019.

• LPL Financial (LPLA) : -8,3 % — chute après le lancement de l’outil IA de planification fiscale d’Altruist ; crainte de disruption du modèle de gestion de patrimoine.

• Charles Schwab (SCHW) : -7,4 % — même dynamique de peur IA que LPL.

• Raymond James (RJF) : -8,7 % — pire journée depuis mars 2020 ; le secteur du courtage dans le collimateur.

• Coca-Cola (KO) : -0,91 % — revenus sous les attentes pour la première fois en cinq ans ; demande nord-américaine molle.

• CVS Health (CVS) : -3 % — prévisions de trésorerie réduite, malgré un trimestre au-dessus des attentes.

• DuPont (DD) : +2,9% — résultats et prévisions au-dessus des attentes.

• TSMC (TSM) : +3 % — revenus mensuels records en janvier, en hausse de 37 % sur un an.

• Costco (COST)/Walmart (WMT) : -2 %/-1 % — pression après les ventes au détail décevantes.

• Datadog (DDOG) : +15 % — résultats au-dessus des attentes, portés par la demande en sécurité infonuagique et IA.

• Vertiv (VRT) : +15 % — prévisions 2026 supérieures aux attentes ; le marché des centres de données continue de pousser.

Performance sectorielle

Cette séance illustre bien la propagation du narratif « disruption IA » : après le logiciel la semaine dernière, c’est le secteur financier et la gestion de patrimoine qui se retrouvent dans la ligne de mire. Le réflexe du marché est le même — vendre d’abord, poser les questions ensuite. Plusieurs analystes jugent la réaction exagérée, mais la psychologie est ainsi faite : quand un nouveau segment est visé, la correction est immédiate et souvent disproportionnée.

Fait notable : 61 titres du S&P 500 ont touché de nouveaux sommets de 52 semaines mardi, incluant Caterpillar, Cisco, Hilton et Verizon. Ça confirme que la marche du marché s’élargit au-delà de la techno, même si les gros titres sont dominés par les baisses sectorielles.

Pendant ce temps, les résultats continuent de montrer une économie à deux vitesses : les entreprises qui exécutent bien (Spotify, Datadog, Vertiv) sont récompensées, tandis que celles qui déçoivent même légèrement (Coca-Cola, CVS) sont sanctionnées. Au Canada, Toronto reste dans une position relativement confortable, bénéficiant de son exposition aux matières premières et aux financières — secteurs moins vulnérables au thème de la disruption IA pour le moment.

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Mercredi

• Dow Jones : 50 121,40 (-0,13 %)

• S&P 500 : 6 941,47 (-0,00 %)

• Nasdaq : 23 066,47 (-0,16 %)

• S&P/TSX (Toronto) : 33 254,19 (-0,01 %)

Dollar canadien : 0,7402 $ US (stable vs 0,7383 $ US mardi)

Mercredi, les marchés ont joué au yo-yo. La séance a démarré en trombe — Dow +207 points, S&P +0.6%, Nasdaq +0.8% — après un rapport sur l’emploi américain nettement meilleur que prévu. Puis l’enthousiasme s’est dégonflé et les trois indices ont terminé dans le rouge, certes de façon marginale. Le Dow a cassé sa série de trois records consécutifs.

Le rapport tant attendu sur l’emploi de janvier — retardé par la fermeture partielle du gouvernement fédéral qui a pris fin le 3 février — a révélé 130 000 créations d’emplois, plus du double des 55 000 attendus. Le taux de chômage a reculé à 4,3 % (vs 4,4 % attendu), et décembre a été révisé à la baisse à 48 000. C’est la plus forte croissance de l’emploi en plus d’un an. Art Hogan, stratège en chef chez B. Riley Wealth, a qualifié les chiffres de « bonne nouvelle sans ambiguïté ».

Mais le marché a rapidement trouvé matière à inquiétude. D’abord, la croissance de l’emploi reste très concentrée : 124 000 des 130 000 nouveaux postes proviennent du secteur de la santé — soit le double du rythme normal de 2025. Ensuite, les révisions mensuelles de 2025 ont systématiquement été à la baisse, avec une moyenne réelle de seulement 15 000 emplois par mois après ajustements. Enfin, et surtout, le rapport robuste a fait grimper les rendements obligataires et repoussé les attentes de baisse de taux de la Fed. Le marché anticipe désormais la prochaine baisse en juillet plutôt qu’en juin. Comme le résume Brad Smith de Janus Henderson : « La Fed va intégrer ce chiffre dans son calcul. Avec son approche de patience dépendante des données, cela penchera vers un statu quo. »

La fracture IA infrastructure vs logiciel s’est encore creusée. Vertiv a bondi de 24 % après des résultats solides et des prévisions 2026 qui ont pulvérisé les attentes — revenus attendus de 13,25 à 13,75 milliards $ US (vs 12,39 G$ anticipés par le marché) et BPA ajusté de 5,97 $ à 6,07 $ (vs 5,33 $ attendu). Le carnet de commandes a atteint un record de 15 milliards $ US, confirmant que la demande d’infrastructures IA ne faiblit pas. Micron a bondi de 9,9 %, Lam Research de 3,8 %, Applied Materials de 3,3 % et Nvidia de 0,8 %. À l’opposé, le logiciel a encore souffert : Salesforce a reculé de 4,4 %, ServiceNow de 6 %, Intuit de 5,2 % et Palantir de 2,7 %. L’ETF iShares Expanded Tech-Software (IGV) a perdu 3 %, portant sa baisse à près de 30 % sous son sommet de 52 semaines. Le fonds est officiellement en marché baissier depuis le mois dernier.

Au Canada, le TSX a terminé quasi stable (-2,64 points), en recul après son record de la veille. Shopify a été le principal boulet, chutant de 7 % malgré des revenus records de 3,67 milliards $ US au T4 (+31 % sur un an) et l’annonce d’un programme de rachat d’actions de 2 milliards $ US. Le bât blesse : le BPA ajusté de 0,48 $ US a raté les attentes de 0,51 $, et les prévisions de marges de flux de trésorerie libre pour le T1 2026 — dans les bas à moyens pourcentages d’adolescence — ont déçu. Constellation Software a reculé de 4,7 % et CGI de 6,8 %. En contrepartie, les matières premières ont soutenu l’indice : le pétrole a remonté au-dessus de 65 $ US le baril et l’or s’est rapproché de 5 100 $ US l’once. Canadian Natural Resources a grimpé de 4 %, Suncor de 2,6 % et Cenovus de 4 %.

Les titres en bref

• Vertiv (VRT) : +24 % — prévisions 2026 explosives ; carnet de commandes record de 15 G$ US. Le marché des centres de données IA ne ralentit pas.

• Micron (MU) : +9,9 % — pénurie de mémoire HBM ; Morgan Stanley relève sa cible à 450 $. Les semi-conducteurs IA demeurent le segment roi.

• Shopify (SHOP) : -7 % — revenus records, mais BPA sous les attentes, marges de trésorerie décevantes pour le T1 2026. Le marché ne pardonne pas.

• Salesforce (CRM) : -4,4 % — la pression IA sur le logiciel SaaS ne lâche pas.

• ServiceNow (NOW) : -6 % — même thème de disruption IA ; l’ETF IGV en marché baissier officiel.

• Zillow (Z) : -17 % — résultats T4 sous les attentes ; pire journée en quatre ans.

• Caterpillar (CAT) : +4,3 % — résultats records et demande soutenue par l’IA/centres de données ; sommet historique.

• Moderna (MRNA) : -10 % — la FDA refuse d’examiner sa demande pour un vaccin expérimental contre la grippe.

• Humana (HUM) : -6,7 % — recul malgré des résultats au-dessus des attentes.

• Robinhood (HOOD) : -7 % — revenus T4 sous les attentes (1,28 G$ vs 1,34 G$ attendu) ; revenus transactionnels décevants.

• Lyft (LYFT) : -17 % — prévisions T1 décevantes malgré des réservations en ligne avec les attentes.

Performance sectorielle

La séance cristallise parfaitement le marché actuel : un rapport sur l’emploi solide qui aurait normalement propulsé les indices s’est transformé en arme à double tranchant. Bonne nouvelle pour la croissance, mauvaise nouvelle pour les baisses de taux. Le marché oscille entre deux scénarios — atterrissage en douceur ou taux restrictifs prolongés — et n’arrive pas à se décider.

La divergence infrastructure IA vs logiciel atteint un niveau extrême. Vertiv et Micron célèbrent pendant que Salesforce et ServiceNow sombrent. Huit des onze secteurs du S&P 500 ont terminé en hausse mercredi — énergie, biens de consommation de base et matériaux en tête — mais les pertes concentrées dans le logiciel et les mégacapitalisations technologiques ont suffi à entraîner les indices vers le bas. La largeur du marché reste saine ; c’est la composition des indices qui masque la réalité.

Au Canada, la dynamique est similaire : le poids de Shopify (-7 %) a annulé les gains des producteurs de pétrole et d’or. Le TSX illustre cette tension entre « nouvelle économie » sous pression et « vieille économie » qui reprend du galon.

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Jeudi

• Dow Jones : 49 451,98 (−1,34 %)

• S&P 500 : 6 832,76 (−1,57 %)

• Nasdaq : 22 597,15 (−2,03 %)

• S&P/TSX (Toronto) : 32 465,28 (−2,37 %)

Dollar canadien : 0,7350 $ US (en baisse vs 0,7402 $ US mercredi)

Jeudi a été une séance lourde, et la vente s’est étendue bien au-delà de la technologie. Les trois grands indices américains ont ouvert en hausse avant de se retourner brusquement — un schéma qui s’est répété deux jours de suite et qui témoigne d’un marché profondément incertain quant à sa direction. Le Dow a perdu 669 points, et le Nasdaq a cédé plus de 2 %, entraîné par une combinaison de crainte de disruption IA, de données économiques décevantes et de prises de profits continues dans les positions les plus consensuelles.

Le développement le plus frappant de la journée est l’ampleur que prend désormais le narratif de disruption IA. Après les logiciels ces dernières semaines et les titres financiers plus tôt cette semaine, la peur a maintenant atteint le secteur du camionnage et de la logistique, C.H. Robinson et RXO ont chacun plongé de plus de 20 % à la suite du lancement d’un outil d’optimisation du fret par intelligence artificielle par Algorhythm Holdings. Et pour la première fois, l’immobilier commercial est devenu un dommage collatéral : CBRE a chuté de 13,5 %, sa pire journée en dehors de la pandémie et de la crise financière de 2008, sur la logique qu’un chômage provoqué par l’IA réduirait la demande d’espaces de bureaux. Le réflexe du marché est clair : les investisseurs passent systématiquement chaque secteur au crible de l’exposition à la disruption IA, et vendent d’abord, posent les questions ensuite.

La technologie est restée sous forte pression. Cisco a chuté de 12 % après des prévisions conformes aux attentes, mais insuffisantes face aux espoirs élevés du marché. Apple a perdu 5 %, sa pire journée depuis avril, plombé par des rapports de problèmes de tests avec sa mise à jour Siri IA et un examen de la FTC concernant sa plateforme Apple News. Nvidia a reculé de 1,6 %, Meta a cédé 2,8 %, et le secteur des logiciels a poursuivi sa glissade : Palantir a perdu près de 5 %, Autodesk environ 4 %, et le FNB logiciel IGV se trouve désormais 31 % sous son sommet récent, fermement en territoire de marché baissier.

Du côté macro, les données ont ajouté à l’inquiétude. Les ventes de logements anciens ont plongé de 8,4 % en janvier ,bien pire que la baisse de 4,6 % attendue ,confirmant que le marché immobilier reste embourbé. Les demandes d’assurance-chômage hebdomadaires sont ressorties à 227 000, légèrement au-dessus des attentes, mais le portrait d’ensemble est celui d’un ramollissement graduel sans effondrement. Pendant ce temps, les rendements obligataires ont reculé de manière significative : le 10 ans américain est passé à 4,10 % contre 4,17 % la veille, les investisseurs se tournant vers les valeurs refuges à l’approche du rapport crucial sur l’IPC de vendredi.

L’argent métal a subi une vente brutale, plongeant de 10 % en une seule séance — un signal clair que le mode « réduction du risque » s’étend bien au-delà des actions. Après avoir atteint un record au-dessus de 117 $ US l’once plus tôt cette année, l’argent a maintenant reculé de 11 % au cours du dernier mois, et l’élan spéculatif qui avait attiré les investisseurs particuliers semble s’essouffler.

À Toronto, la séance a été tout aussi douloureuse. Le TSX a perdu 2,37 %, soit 789 points, entraînés par les métaux de base et la technologie. Le dollar canadien a reculé à 73,50 cents US, en baisse par rapport à 74,02 cents la veille, les flux vers les valeurs refuges ayant renforcé le billet vert.

Sur une note plus positive, quelques titres individuels ont résisté à la tendance : McDonald’s a gagné 2,7 % grâce à de solides résultats du T4 (chiffre d’affaires en hausse de 9,7 % à 7 G$ US, au-dessus des attentes), et Crocs a bondi de 19 % après des résultats et des prévisions supérieurs aux attentes. La consommation de base et les services publics ont mené les secteurs du S&P 500, progressant de plus de 1 % chacun, la consommation de base atteignant un nouveau record de clôture — une rotation défensive classique.

Les titres en bref

• Cisco (CSCO) : −12 % — des prévisions trimestrielles conformes qui ont déçu dans un contexte d’attentes IA élevées ; les grandes maisons de courtage maintiennent leurs recommandations d’achat, jugeant la réaction exagérée.

• Apple (AAPL) : −5 % — pire journée depuis avril ; rapports de problèmes de tests avec la mise à jour Siri IA et examen de la FTC sur Apple News

• C.H. Robinson (CHRW) : −20 %+ — le secteur camionnage et logistique martelé par les craintes de disruption IA du fret, après le lancement de l’outil SemiCab par Algorhythm Holdings.

• RXO : −20 %+ — même dynamique ; J.B. Hunt −9 %, XPO −7,9 %, Expeditors −16,5 %.

• CBRE : −13,5 % — les craintes de disruption IA atteignent l’immobilier ; pire journée hors pandémie et crise financière de 2008.

• AppLovin (APP) : −18 % — plongeon malgré des résultats supérieurs aux attentes sur les deux lignes ; la vente généralisée du secteur logiciel a pris le dessus.

• Palantir (PLTR) : −5 % — le recul depuis le début de l’année dépasse maintenant 27 %.

• McDonald’s (MCD) : +2,7 % — solide dépassement des attentes au T4 sur les deux lignes ; plans pour davantage d’ouvertures de restaurants.

• Crocs (CROX) : +19 % — résultats et prévisions du T4 bien au-dessus des attentes.

• Restaurant Brands International (QSR) : −6,2 % — léger dépassement des attentes au T4, mais la hausse du coût du bœuf a comprimé les marges.

Performance sectorielle

La séance a été un cas d’école de rotation défensive. La consommation de base et les services publics ont chacun gagné plus de 1 % et mené le S&P 500. Pendant ce temps, la technologie, l’immobilier, les industriels (via la logistique) et les financières ont tous subi de fortes pressions. Le narratif de disruption IA continue de s’élargir en portée, après les logiciels, puis les services financiers, puis le camionnage/logistique, et maintenant l’immobilier. Le marché réévalue des secteurs entiers sur la crainte que l’IA transforme leur économie. La question clé est de savoir s’il s’agit d’une réévaluation rationnelle ou d’un excès de panique. En attendant, le krach de 10 % de l’argent métal et la demande soutenue pour les titres défensifs brossent un portrait clair : le marché est en mode réduction du risque à l’approche du rapport sur l’IPC de vendredi.

Au Canada, les métaux de base et la technologie ont mené le recul, tandis que l’énergie a mieux tenu. La baisse de 2,37 % du TSX a été sa pire séance en plusieurs semaines, et le recul du dollar canadien reflète la fuite généralisée vers le billet vert.

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Vendredi

• Dow Jones : ~49 450 (stable en début de séance)

• S&P 500 : ~6 833 (stable)

• Nasdaq : ~22 600 (stable)

• S&P/TSX (Toronto) : données non disponibles (séance en cours)

Le rapport le plus attendu de la semaine est finalement arrivé vendredi matin : l’indice des prix à la consommation (IPC) de janvier aux États-Unis. Et la bonne nouvelle, c’est que l’inflation a ralenti plus que prévu. L’IPC global a progressé de 0,2 % sur le mois et de 2,4 % sur un an, contre des prévisions de 0,3 % et 2,5 % respectivement. C’est le rythme annuel le plus faible depuis mai 2025. L’IPC de base (excluant l’alimentation et l’énergie) est ressorti conforme aux attentes, à 0,3 % sur le mois et 2,5 % sur un an son plus bas niveau depuis mars 2021.

Derrière ces chiffres, les détails sont encourageants. L’énergie a reculé de 1,5 % sur le mois, tirée par l’essence (−7,5 %) et le mazout (−4,2 %). Le logement, qui représente plus d’un tiers de l’IPC et reste le principal facteur d’inflation, n’a progressé que de 0,2 %, un rythme nettement plus modéré que les lectures des derniers mois ramenant l’inflation annuelle du logement à 3 %. Les véhicules d’occasion ont reculé de 1,8 %. L’alimentation a augmenté de 0,2 %, un rythme contenu. En somme, les composantes qui pèsent le plus dans le budget des ménages, essence, loyer, épicerie sont en voie de normalisation.

Ce rapport offre un soulagement après une semaine éprouvante pour les marchés. Comme l’a résumé David Russell de TradeStation : « Ce rapport sur l’inflation est un soulagement pour les investisseurs ébranlés par les perturbations liées à l’IA. Il compense aussi le solide rapport sur l’emploi de cette semaine, donnant à la Fed un peu plus de raisons de pencher vers l’assouplissement. Mais l’inflation reste bien au-dessus de la cible de la banque centrale et ne change pas grand-chose à court terme. »

En effet, les marchés ont réagi avec prudence. Les trois grands indices américains ont ouvert essentiellement stables, le rapport n’ayant pas été suffisamment surprenant pour déclencher un rallye significatif après la vente massive de jeudi. Le S&P 500, le Nasdaq et le Dow oscillent autour de l’équilibre, les trois indices se dirigeant vers une semaine de pertes. Sur la semaine, au moment de la rédaction, le S&P 500 et le Dow accusent des baisses de plus de 1 %, et le Nasdaq se dirige vers un recul d’environ 1,9 %. Bloomberg note que le S&P 500 est en voie de signer sa pire semaine depuis novembre.

Du côté des résultats d’entreprises, la séance de vendredi offre un contraste saisissant entre gagnants et perdants — un thème récurrent cette semaine. Applied Materials a bondi de 13 % après des résultats trimestriels supérieurs aux attentes (BPA ajusté de 2,38 $ vs 2,20 $ attendu, revenus de 7,01 G$ US) et des prévisions solides, confirmant la demande robuste pour l’équipement de fabrication de puces liée à l’IA. Rivian Automotive a flambé d’environ 20 % grâce à des résultats meilleurs que prévu et des prévisions de livraisons pour 2026 de 62 000 à 67 000 véhicules, soit une hausse de 47 % à 59 % par rapport à 2025. Airbnb a gagné 6 % après des prévisions de revenus au T1 supérieures au consensus, avec Deutsche Bank relevant la recommandation à Achat et une cible à 154 $. Roku a bondi de 15 % après des résultats et des prévisions au-dessus des attentes.

À l’inverse, Pinterest a plongé d’environ 24 % — la plus forte baisse du jour — après des résultats et des prévisions de revenus décevants au T1, ravivant les craintes que l’IA puisse éroder sa plateforme de découverte visuelle. DraftKings a chuté de 17 % malgré des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, pénalisé par des prévisions de revenus 2026 de 6,5 à 6,9 G$ US, nettement sous le consensus de 7,31 G$ US.

Conclusion

La séance de vendredi dessine un marché en mode « pause et digestion » après le choc de jeudi. Le rapport sur l’IPC offre un plancher psychologique. L’inflation diminue, les baisses de taux restent sur la table, mais ne sont pas assez spectaculaires pour renverser la tendance baissière de la semaine. Les marchés obligataires ont réagi positivement, avec les rendements à court terme en baisse. Les paris sur une baisse de taux en juin se sont renforcés, la majorité des traders anticipant désormais une réduction d’un quart de point à cette échéance.

Le contraste entre Applied Materials (+13 %) et Pinterest (−24 %) résume parfaitement le marché actuel : les entreprises directement exposées à l’infrastructure IA (équipementiers, puces) sont récompensées, tandis que celles dont le modèle d’affaires est perçu comme vulnérable à la disruption IA sont sévèrement punies. Ce tri sélectif « gagnants IA » contre « perdants IA » est devenu le prisme dominant à travers lequel le marché évalue chaque résultat trimestriel.

Comme l’a observé l’analyste Emmanuel Cau de Barclays : « Les investisseurs ne font aucune grâce à tout ce qui est perçu comme un perdant de l’IA. La liste s’allonge de jour en jour, creusant la divergence entre les secteurs nouvelle/ancienne économie et entre les actions américaines et le reste du monde. » Le fait que les marchés asiatiques surperforment les indices américains de plus de 12 % depuis le début de l’année illustre ce repositionnement global : les producteurs de matériel avec un pouvoir de fixation des prix (Samsung, TSMC) sont préférés aux géants du logiciel qui dépensent massivement dans l’IA sans retour immédiat.

Sur la semaine dans son ensemble, le bilan est clair : malgré un rapport sur l’emploi solide mercredi et une inflation en baisse vendredi, les craintes de disruption IA ont dominé le narratif, provoquant des ventes massives dans les logiciels, la logistique, l’immobilier commercial et les financières. Le S&P 500 se dirige vers sa pire semaine depuis novembre, et la question pour la semaine prochaine sera de savoir si le marché trouve un point d’ancrage ou si la vague de réévaluation sectorielle se poursuit.